Zombiphobia


Zombiphobia

La pièce de vingt mètres carrés ne possède que peu de mobilier : un bureau métallique, un fauteuil sur roulettes aux accoudoirs en simili usé, et quelques anciens cageots à légumes en bois blanc empilés pour faire un semblant de bibliothèque, chargée de vieilles encyclopédies jaunies et de diverses revues.

Un des murs est recouvert de lambris de pin, deux laissent apparaître les blocs de maçonnerie, et le dernier, une baie vitrée est la seule issue de cette remise située au fond du jardin.

L’endroit n’est qu’à une vingtaine de mètres de mon habitation principale. J’avais décidé de le vider de toutes les vieilleries d’un temps passé et révolu, pour y faire mon petit sanctuaire, celui où je pourrais m’isoler, loin des décibels qui bombardaient de façon cacophonique la maison.

Le seul éclairage provenait d’une lampe de bureau posée sur la table.

La pluie de ce mois de mai avait eu un bel effet sur la nature et surtout sur les grands arbres.

Cette soirée-là, la nuit était tombée plus rapidement, la clarté de la lune essayait de se frayer un chemin parmi les nuages, l’averse étant passée, j’allais pouvoir retourner auprès des miens.

Je voyais de la lumière dans la chambre, mon compagnon devait m’attendre pour se mettre au lit.

Soudain, l’ampoule de la lampe se mit à grésiller puis éclata, me plongeant dans l’obscurité de ma petite pièce.

Le nez contre la vitre, je scrutais le ciel. J’entendais des gouttes de pluie frapper le toit en tôle de mon cagibi, elles provenaient d’eau résiduelle glissant des feuilles des arbres, et je pouvais aussi observer la fenêtre de ma chambre, toujours éclairée.

Derrière les rideaux, je voyais une ombre animée dans de lents mouvements. Elle levait les bras, puis les abaissait, avec difficultés, comme si les vêtements qu’elle portait la rendaient plus rigide. Je ne reconnaissais pas mon ami, une déformation visuelle pensais-je, l’ombre était trapue, plus petite que le corps auquel je m’étais habituée depuis tant de nuit.

Le ciel dégagé laissait les rayons de la lune se poser sur la cime des sapins, qui clôturaient le jardin, donnant aux arbres davantage de reliefs.

J’étais prête à quitter mon abri, lorsque j’entendis le craquement d’une branche suivi d’un grognement sourd, un bruit de respiration difficile, de suffocation.

Je me suis éloignée de la vitre pour aller me glisser sous la table, la chambre était plongée dans l’obscurité.

Je ne sais pas combien de temps, je suis restée accroupie. C’est lorsque j’entendis mon ami m’appeler que je sortis de ma cachette, et que sans fermer la porte je la quittai pour courir me réfugier auprès de lui, rassurée de voir qu’il ne lui était rien arrivé.

Depuis, que les vampires ont cédé leur place aux zombies, que ce soit dans la littérature ou dans des séries télévisées, j’ai dû mal avec les ombres et les bruits de mes nuits.

Je dois être un peu trop sensible, et puis être moche et en décomposition pour l’éternité, n’est pas vraiment propice à mes instants de rêves !

 

M.H. (Michèle Hardenne)

27/05/2013

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A propos michelehardenne

Je suis une rêveuse, passionnée d'écriture. Je cultive un jardin où les graines de ma folie et de mes lubies prennent racines pour le plaisir de vous offrir mes mots en un bouquet de proses et de poésies.
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